Canicules et incendies: Aucune victime animale ne doit rester invisible
Protéger les animaux face aux canicules et aux incendies — et agir sur leurs causes.
Dans les forêts brûlées, les bâtiments d’élevage devenus des étuves, les cours d’eau réchauffés et les refuges évacués, il n’y a jamais « aucune victime ». Les autres animaux meurent, sont blessés, déplacés ou privés de leur habitat, mais demeurent largement absents des bilans, des plans de secours et des politiques climatiques.
ICARE appelle la France à les reconnaître comme des victimes, à organiser leur protection et à transformer les systèmes qui aggravent la crise dont humains et animaux subissent ensemble les conséquences.
L’alerte
Trois millions de victimes en quinze jours
Selon le service statistique du ministère de l’Agriculture, les fortes chaleurs de juin 2026 ont causé une surmortalité estimée à trois millions d’oiseaux élevés pour l’alimentation en quinze jours. Dans l’ouest de la France, leur mortalité a atteint jusqu’à dix fois son niveau habituel ; celle des cochons a doublé.
C’est sans compter :
les animaux sauvages morts dans les flammes, par déshydratation ou après la destruction de leur habitat ;
les poissons et autres animaux aquatiques victimes d’eaux trop chaudes et moins oxygénées ;
les animaux compagnons, errants ou détenus dans des refuges, et autres animaux domestiques en sanctuaires ;
les animaux liminaires ;
les animaux enfermés dans des élevages, laboratoires, zoos, ou autres lieux de captivité et de production ;
les animaux dont les corps ne seront jamais retrouvés et les mortalités différées.
L’absence de données ne signifie pas l’absence de victimes. Elle démontre la nécessité de les compter.
Une protection associative indispensable, mais fragile
Celles et ceux qui secourent ne peuvent rester seuls
Une mission de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable a décrit un réseau national d’environ cent centres, reposant très largement sur des associations, des dons, du bénévolat et des financements fragiles. Ces structures, comme les refuges, sanctuaires et associations intervenant lors des incendies, accomplissent une fonction indispensable de soins, d’accueil et de protection. Leur mobilisation ne peut tenir lieu de politique publique.
La France doit préparer en amont leur intégration aux secours, clarifier les responsabilités de chaque acteur et garantir des financements publics pluriannuels.
Tout est lié
Les animaux subissent la crise — et le système qui les exploite contribue à l’aggraver
La production et la consommation animales intensives contribuent aux émissions agricoles et enferment des millions d’animaux dans des lieux qu’ils ne peuvent quitter lorsqu’une catastrophe survient.
Le dérèglement climatique aggrave les chaleurs extrêmes, les sécheresses et les conditions propices à la propagation des incendies. Il frappe les humains et les autres animaux, détruit des habitats et des moyens d’existence et accentue les inégalités.
Deux réponses publiques sont donc indissociables :
atténuer la crise, en organisant une transition juste du système alimentaire ;
adapter et protéger, en prévenant les risques et en intégrant tous les animaux aux plans d’évacuation, de secours et de rétablissement.
Ce que le droit reconnaît — et ce qu’il reste à organiser
La France reconnaît les animaux comme des êtres vivants doués de sensibilité. Les détenteurs d’animaux doivent les maintenir dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de leur espèce. Le droit de l’Union impose de tenir pleinement compte du bien-être des animaux dans plusieurs politiques, notamment l’agriculture, la pêche et les transports.
Des outils existent également pour gérer les catastrophes : dispositif ORSEC, plans communaux et intercommunaux de sauvegarde, pouvoirs de police du préfet, obligations des détenteurs, règles relatives aux transports et possibilités de mobiliser des associations agréées de sécurité civile.
Mais ces règles ne forment pas un régime national complet et cohérent pour toutes les catégories d’animaux. Les compétences, moyens et procédures restent fragmentés. Les animaux ne sont pas systématiquement identifiés dans les diagnostics, bilans, protocoles d’évacuation, conventions de secours et dispositifs de financement.
Notre demande n’est donc pas de prétendre que rien n’existe. Elle vise à rendre les mécanismes existants explicites, opérationnels, financés, contrôlables et applicables à tous les animaux susceptibles d’être affectés.
Six décisions que la France doit prendre
1. Compter et nommer toutes les victimes, y compris animales
Créer avant l’été 2027 un protocole national de collecte, d’agrégation et de publication des mortalités animales directes et différées. Les bilans officiels doivent distinguer les victimes humaines et animales, les catégories concernées, les méthodes utilisées et les incertitudes.
2. Intégrer tous les animaux aux plans de prévention, d’évacuation et de secours
Inscrire explicitement les animaux sauvages, aquatiques, liminaires, compagnons, errants et captifs dans les dispositifs ORSEC, les plans communaux et intercommunaux de sauvegarde et les plans des établissements.
Conclure en amont des conventions entre préfectures, SDIS, services vétérinaires, collectivités, vétérinaires, associations, refuges, sanctuaires et centres de soins. Créer un financement public pluriannuel et un fonds d’urgence rapidement mobilisable pour les structures intervenant lors des catastrophes.
3. Protéger les animaux sauvages dans les territoires sinistrés
En cas d’incendie ou de calamité, utiliser immédiatement l’article R. 424-3 du Code de l’environnement pour suspendre la chasse dans les zones brûlées et une zone tampon scientifiquement déterminée, pour une durée maximale de dix jours renouvelable.
Avant toute reprise, réaliser une évaluation écologique indépendante et adapter les arrêtés et plans de chasse à la durée réelle de rétablissement. L’article R. 424-3 ne permet pas, à lui seul, de prononcer directement un moratoire annuel : une protection plus longue doit être organisée au moyen des autres instruments applicables et, si nécessaire, par une évolution du cadre réglementaire. À terme, la chasse de loisir doit être interdite.
4. Rendre la prévention opposable dans tous les lieux détenant des animaux et pendant leur transport
Imposer des systèmes d’alerte, de ventilation et d’alimentation électrique de secours, un contrôle continu des températures, des capacités réalistes d’évacuation, des inspections indépendantes et des exercices périodiques.
Suspendre les transports lorsque les conditions météorologiques, les horaires, les véhicules ou la durée du trajet ne permettent plus de garantir la protection des animaux.
5. Organiser une transition alimentaire juste
Intégrer aux politiques climatiques françaises une trajectoire quantifiée de réduction de la production et de la consommation de produits d’origine animale, de développement des protéines végétales et de réorientation de la commande publique et des aides agricoles.
Cette transition doit soutenir les agriculteurs et les travailleurs, financer la diversification des exploitations et rendre une alimentation végétale saine et accessible. Elle ne doit pas transférer ses coûts aux ménages les plus précaires.
6. Porter la protection des animaux dans le futur droit international des catastrophes
La France doit défendre l’intégration des animaux dans le futur instrument international négocié en 2027 : prévention, évacuation, soins, coopération avec les organisations compétentes et prise en compte des animaux comme êtres sentients affectés par les catastrophes.
Le comité préparatoire se réunit du 31 août au 4 septembre 2026. La France doit rendre publique sa position avant cette échéance et consulter la société civile.
Une coalition au croisement des causes
Nos destins sont liés. Notre action doit l’être aussi.
ICARE invite les organisations de protection animale, de défense de l’environnement et du climat, de justice sociale, de droit à l’alimentation, de santé publique, d’agroécologie et de soutien au monde agricole à construire une réponse commune.
La coalition est organisée autour de trois piliers :
Prévention, secours et protection de tous les animaux ;
Transition alimentaire juste et action sur les causes climatiques ;
Droit, responsabilité publique et changement institutionnel.
Soutenir la campagne
Vous pouvez :
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